ARTISTE : Giovanni
ANSELMO (Borgofranco d'Ivrea, 1934)
---> Les ouvrages en rayon.
Peintre autodidacte, il
abandonna vite les langages artistiques traditionnels. En 1967,
il a exposé deux oeuvres réalisées en bar de fer et polystyrène
peint, à la Galleria Sperone de Turin. Vers la fin de 1967, il a
commencé à participer aux activités d'Arte povera, et c'est également
à ce moment là qu'il a eu, chez Sperone, sa première exposition
personnelle.
Anselmo travaille sur le concept de l'énergie, qu'il visualise dans
des instalations intégrant des matériaux qui sont placé dans des
relations d'équilibre et de tensions accrues entre les forces opposées.
Il réalise des sculptures à partir de matériaux naturels comme la
pierre, le bois, le fer, ou de matières végétales. Anselmo repositionne
les matières pour tenter de leur redonner leurs qualités originelles
: tension, énergie, éternité, basées sur les lois de la physique
comme la pesanteur, la gravité et sur leurs transformations possibles
(granit et laitue, rails de chemin de fer et éponge végétale par
exemple). Le granit, symbole de dureté, lui permet de signifier
des notions comme l’éternité ou la masse, qu’il met en scène pour
figurer la loi physique de la pesanteur et par extension toutes
les lois primordiales de la nature. Ainsi dans Direzione (Direction),
1967-1968, Mnam, bloc triangulaire orienté vers le nord, axe de
référence, il insère une boussole dont la direction de l'aiguille
souligne la symétrie du triangle. Cette œuvre fait surgir dans l’espace
culturel du Musée une dimension originelle, celle de la présence
de l’axe tellurique qui renvoie à l’éternité.
Dans les années 70, Anselmo remplace la matière par le mot, ce qui
le rapproche, du point de vue des moyens, de l'Art conceptuel. Toutefois,
son propos est différent puisqu’il ne s’interroge pas sur le rapport
du signe linguistique à son référent. Anselmo entend plutôt manifester
une tension entre le virtuel et le réel, comme par exemple dans
Infinito, 1971 où l’artiste "projette le mot infinito sur une paroi
sur laquelle il ne peut être lu ; pour lire l’écrit infinito, il
faut "aller" jusqu’au point situé à l’infini".
Au cours des années 80, Anselmo a travaillé sur une série consacrée
au concept Oltremare (Outremer). Dans Verso Oltremare
(Vers Outremer, 1984), un pavé de granit dont la forme termine en
V est juxtaposé à un rectangle de couleur similaire, sans le toucher,
car maintenu contre le mur au moyen d'un câble d'acier. Dans Senza
titolo(Sans titre, 1989 et 1990), le câble retient des pavés de
granit contre des toiles vierges et tendues sur chassis. Pour ces
oeuvres, la manière dont on les installe dans l'espace détermine
l'équilibre des forces et des poids et, par conséquent, la condition
même de la visibilité de l'oeuvre.
En 1990, Anselmo a reçu le Prix international pour la peinture à
la Biennale de Venise.
Extraits de textes de Philippe Piguet (Arte povera in Castello.
Skira 2004) et Centre
Georges Pompidou.
|